ROMANTIQUEMENT CLOWNESQUE
« Bonjour,
Je voulais t’écrire pour te dire que je m’en vais … »
Elle avait laissé cette lettre posée délicatement près de l’oreiller. Gainsbourg riait dans les cieux, de l’ampleur de sa triste chanson … Malheureusement tout cela n’était pas une pure ironie, c’était beaucoup plus que cela. C’était tout simplement la fin.
Lui, là. Cet absurde Clown avait ri, de plus en plus laissant échappé des larmes rose, bleu, orange, regardant par la fenêtre se dessiner un magnifique Arc-en-ciel. La tristesse n’avait pas le droit d’exister dans le monde qu’il s’était crée, Les rires étaient la seule mélodie qu’il devait entendre, ses costumes immenses cachaient son corps maigre presque anorexique. L’art des couleurs, sur tout son être faisait des ses rêves un monde complètement irréel, Pots de peintures dans sa tête, ils avaient tellement baisé dedans. Elle, mélangeant l’encre noire dans son encre, goûtant les rouges à lèvres à saveur..
Ils s’étaient rencontrés par un pur hasard, il sortait de son travail encore à moitié maquillé et toujours dans sa tenue ; Le show avait pris plus de temps que d’habitude. Passant dans la rue envahie la nuit par les prostituées. Elles criaient se faisant remarquer pour qu’on les emmène, pour qu’on les prenne comme des bêtes, qu’on les saigne, qu’on les ronge, qu’on les paye. Il ressentait divers sentiments pour ses pauvres filles qui se sentaient presque fortes en glissant leurs mains dans leurs bas, leurs langues sur les lèvres. Les Russes l’appelaient « Klowny », ça les rendaient folles quand il passait devant elles sur son vélo.
Ce soir là, il pleuvait à flot. Une fille était sur le trottoir assise sur le sol humide, la tête en l’air, les yeux vers le ciel, les gouttes frappant son visage : le clown eut soudain le besoin de lui parler, de l’emmener avec lui, de la protéger. Pourquoi, elle ? il n’en savait absolument rien enfin si, peut être son originalité…
« Je t’offre un verre ? » Un simple commencement, basique, habituel.
Elle s’était levée, Talons extra compensés, jambes interminables.
Ils avaient longé la grande avenue à la recherche d’un endroit agréable ou s’installer, Un petit pub illuminé où les rires, et la voix des gens résonnait au-dessus de la vraie musique que balançait le petit bar. On leur indiqua une table vers le fond. Les gens se retournaient au passage de la fille, des sifflements, et autres techniques remarquablement stupide se faisait entendre. Elle restait calme, peut-être par habitude, Il fit semblant de ne pas entendre, de ne pas remarquer que c’était bel et bien une jolie fille de joie.
Son béret posé sur la table, il observait chacun des traits de son visage pour le graver dans sa mémoire, les traces noires des gouttes de pluie marquées sur elle, fermant ses yeux comme dérangé, oppressé.
-Je vais aux toilettes.
En se levant sa jupe courte se souleva dévoilant le bout d’un petit sachet en plastique.
Quelques minutes sages passèrent. Quand elle réapparut, deux verres étaient disposés sur la table, saisissant l’un des deux, elle se délecta du goût amer de la substance. Le clown remarqua la cendres blanche à l’entrée de ses narines. L’ignorance était devenue la devise du pauvre joyeux.
-A toi. Dit-il en tapant dans son verre presque vide. Elle le saisit rapidement pour le terminer.
-Ton prénom ?
-je n’en ai pas.
De toute évidence la discussion n’était pas son point fort, elle balançait sa tête au rythme du son un court instant puis brutalement elle se cogna la tête volontairement.
« Je veux qu’on se casse d’ici » avait-elle crié.
Son air était dramatique, souffrant, presque terrifiant.
Le temps venait de s’arrêter, Il comprit que ce n’était pas ce qu’il voulait, que ça serait pour la vie
Le Reste ? Il n’existe plus. Aucun souvenir. Cette partie du livre de l’existence avait été effacée comme par la pluie.
Juste l’aube, la rosé fraîche du matin ; le rose et le jaune éblouissant du papier peint. La chaleur d’un corps près du siens, glissant ses doigts dans les cheveux de la tristesse.
Finalement elle avait fini par parlé, ils avaient avalé des petites pilules de différentes Couleurs, rient.
Des semaines, des mois passèrent ; Le temps était mort.
Sous le soleil, elle dansait à travers les herbes hautes faisant tourner sa robe jaunâtre.
Il peignait juste la robe inhabitée sur la toile. La douleur, le chagrin n’était plus en elle.
Le moment viendrait, il le savait au fond de lui …
Assit sur son lit, il relut le mot repensant au rêve qu’il avait fait la nuit même
« Une église vide, lugubre par des vitraux sans vie, Il levait les yeux. Elle était là sur un crucifie, nue les bras écartés comme des ailes. La tête baissée, le sourire aux lèvres, le corps illuminé par la lumière qui l’entourait. Libérée, pardonnée, le Salut. »
Précipitamment il sortit, parcourant les longues avenues où ils avaient marché, Ces rues faites à présent de souvenirs, cela ne servirait à rien car il n’y avait aucune trace de son passage. Alors la nuit tombée, il s’assit sur un banc au tournant d’une rue. A cet endroit où il pouvait observer, les prostitués qui elles n’avaient pas changé. Il attendit laissant les heures défiler au fond de lui le clown espérait qu’elle sortirait complètement paumée d’un bar, d’une rue, d’une voiture même ; Juste pour que ce ne soit pas la fin.
Au levé du matin, il rentrait. L’oiseau s’était envolé de sa cage…
Chez lui, tout était pareil comme si rien n’avait existé.
Il se démaquillait, regardait son visage sombre qu’il détestait.
S’allongeait dans son lit. Une petite larme de joie coula sur sa joue.
Au plafond, le visage de la fille avait été peint comme gravé pour toujours…
Emmanuelle.L(17/03/08)
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